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La prévisibilité? Tout ce qu'aime les Top banques
La Wallonie crée plus d'entreprises mais voit encore le banquier comme un guichet hostile. À la rencontre Top Meets Top, BNP Paribas Fortis a annoncé une présence renforcée chez le client pour clarifier la capacité d'endettement avant le comité. L'enjeu n'est pas d'aimer les banques, c'est d'exiger qu'elles ne découvrent pas après ce qu'elles auraient dû dire avant.
Par Hervé Bath ·
Une vague de créations à regarder dans la durée
Au premier trimestre 2026, la Wallonie a enregistré 7 430 créations d'entreprises, +28% après la suppression du diplôme de gestion de base [1]. C'est un choc d'offre, pas encore un stock d'entreprises solides. Créer sans qualification de gestion est une avancée: elle a levé un frein et rendu l'entrée plus rapide [1]. Mais une entrée plus rapide ne dit rien de la survie à trois ans, de la trésorerie, ni de la capacité à créer des emplois. Le taux d'emploi privé wallon reste à 24,4 pour 100 habitants, contre 31,1 en Flandre et 34,3 en moyenne européenne [1]. La nuance n'est pas un plaidoyer contre la simplification, c'est un rappel: un flux de création sans accompagnement dans la durée ne corrige pas le retard.
Le procès fait aux banques
Une partie du ressenti patronal vise l'administration. Les dossiers sont refusés pour des détails, les règles changent selon l'interlocuteur, et un dirigeant résume: « On a plus affaire à des gendarmes qu'à des gens qui sont là pour nous aider » [2]. Ce cri est recevable, mais il est confortable de le déplacer vers la banque. Le banquier devient la cause du refus, rarement le plan financier fragile, les fonds propres absents ou la trésorerie tendue. J'y vois une paresse d'analyse.
Top Meets Top: BNP Paribas Fortis change de méthode
Je n'ai pas de neutralité sur le sujet: BNP Paribas Fortis finance mes projets depuis dix-huit ans et a rendu possible mon MBO en début d'année. Ce n'est pas une préférence idéologique, c'est une donnée d'expérience. Lors de la rencontre Top Meets Top, Benoît Mélot a annoncé une orientation opérationnelle: intensifier la présence chez le client dès fin d'année et en 2027, clarifier ex ante la capacité d'endettement, rendre les limites lisibles et supprimer les surprises. L'exemple d'Aerospace Lab, entreprise de huit ans présente à Louvain-la-Neuve et bientôt à Charleroi, avec des contrats en Corée du Sud, aux États-Unis et en Europe, sert de démonstration: une société peut croître sans que le financement devienne une crise permanente.
La prévisibilité est le vrai actif
Le problème n'est pas le taux, c'est l'incertitude. Un industriel compare le permis à un examen dont on ignore s'il est réussi [2]. Le crédit produit la même opacité: un dossier qui traîne, des critères non énoncés, une décision après le comité. Cette opacité tue plus de projets que les refus. Certaines banques méritent leur réputation: elles vendent de la rigueur mais changent d'avis après le comité. Ce n'est pas de la prudence, c'est une absence de doctrine.
La puissance publique compense comme elle peut. La réforme des chèques-entreprises prévoit une plateforme unique et des prestataires labellisés Portail économie. Le Brabant wallon mobilise 400 000 euros pour l'installation de commerces et les passe devant un jury d'experts [3]. Ces outils sont utiles, mais ils ne remplacent pas un crédit d'investissement décidé dans un délai raisonnable.
L'Europe paye son retard par le financement
Si l'Europe décroche, c'est en partie parce que le financement des jeunes entreprises y est moins fluide. Aux États-Unis, banque, capital-risque et marchés se complètent. En Europe, la banque domine mais reste défensive. Pendant ce temps, on labellise des prestataires, on subventionne des chèques et on simplifie des formulaires. Tout cela est honorable, mais sans un secteur bancaire capable de financer la croissance, cela reste du bricolage.
Ce qu'il faudra mesurer
Je ne demande pas qu'on aime les banques. Je demande qu'on évalue une donnée simple: une entreprise saine, avec un projet documenté, obtient-elle une réponse rapide et claire? Le reste est de la littérature. La suppression du diplôme de gestion a montré qu'une simplification ciblée produit des effets rapides, mais elle devra être jugée sur la pérennité des entreprises créées, pas sur le seul volume de dossiers [1]. La réforme des chèques-entreprises va dans le même sens Portail économie. Aux banques de faire leur part, sans indignation permanente des entrepreneurs ni aveuglement des banquiers. Je continuerai à travailler avec BNP Paribas Fortis, non par fidélité sentimentale, mais parce qu'elle a démontré qu'une relation bancaire prévisible vaut mieux qu'un discours général sur l'entrepreneuriat.